La porte de papier

Open blank lined notebook with a blue pen on a wooden desk

C’est en couchant sur le papier ce qui nous empêche d’avancer que nous pouvons reprendre la route de notre vie. C’est en faisant sortir dans un simple cahier ce qui nous hante que nous nous libérons. L’écriture nous permet de placer les traumatismes à l’extérieur de nous et, par conséquent, de laisser à notre psychisme plus d’espace pour l’avenir.

Lorsque je songe au mot résilience, je le rapproche du verbe résilier.

Résilier un contrat, un pacte… En psychologie, il s’agit du sceau de l’attachement au passé qui n’est plus et qui, parce qu’il nous rappelle ses joies perdues, nous fait souffrir aujourd’hui. Le flux de l’écriture s’avère être d’un précieux recours pour laisser s’en aller, tels des fantômes, ces feus choses, situations et êtres chers qui nous empêchent pleinement de vivre notre présent et d’écrire notre avenir. Pour ce faire, j’utilise la technique de la porte de papier.

  1. Prenez une paire de ciseaux, et, sur une page vierge de votre journal intime, tracez un rectangle plus ou moins large selon ce que vous devez abandonner. 
  2. Puis, sur les deux longueurs et la largeur à droite, découpez ce rectangle – dont l’espace libre que laissera le papier soulevé donnera, comme une porte ouverte, sur la page suivante. 
  3. Inscrivez sur la page qui apparaît à travers le tracé du rectangle tout ce que vous vous apprêtez à congédier : les parents décédés, l’appartement vendu, ce journal intime égaré sur un siège de métro, le travail perdu, la fausse couche, le projet avorté, la rupture amoureuse ou amicale, le jardin auquel vous n’avez plus accès… 
  4. Pour honorer ce qui s’apprête à vous quitter, vous pouvez écrire un poème construit sur l’anaphore suivante : Adieu, et l’être cher, l’animal, l’objet, la situation auxquels vous devez renoncer : Adieu, les longues soirées avec Paul, adieu les promenades en bicyclette tôt le matin, adieu la maison au toit rouge et dont le lierre sentait si fort… Soyez précis dans l’évocation de ce que vous souhaitez confier à la porte de papier. N’hésitez pas à utiliser le champ lexical des couleurs, des sons, des saveurs, des odeurs dont la puissance sensorielle vous envoûte en vous reliant à ce qui, hélas, n’existe plus… Ce poème d’adieu est une forme efficace d’exorcisme.
  5. Ensuite, une fois que vous avez dressé votre liste d’adieux, refermez la porte de papier à l’aide du rectangle qui reste attaché sur sa largeur à gauche, et qui, une fois abaissé, cachera tout votre texte. 

Le temps est venu de vous lever.
Comme le dit si bien Françoise Chandernagor dans La Première Épouse : « Il sort et je ne meurs pas.« 

Grâce à l’écriture, vous avez fait le deuil de ce qui vous empêchait d’être présent
à tout ce qui est
ici et maintenant.

Géraldine Andrée Muller

Ce texte a été publié dans l’ouvrage S’ANCRER – 44 voix par-devers soi

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